Simplement AESH

21 octobre 2018

AESH, c'est quoi ?

AESH c'est quoi ?

 

   L'Accompagnant d'Elève en Situation de Handicap intervient auprès de nombreux élèves dans des situations différentes. Beaucoup de gens associent « fauteuil roulant » à cette idée de handicap. J'en veux pour preuve cet établissement où lorsque je suis allée chercher les clés en expliquant que j'étais AESH, on a d'emblée voulu me donner les clés de l'ascenseur et des toilettes adaptés.

 

   On accompagne pourtant tout autant des élèves souffrant entre autres de troubles dys (dyslexie, dysphasie, dyspraxie etc.), d'autisme, de surdité, de déficience visuelle... Je ne vais pas faire de liste exhaustive, chaque élève est unique et ne se résume pas à ce dont il souffre.

   Un élève ne fait pas l'autre, les problématiques ne sont bien entendu pas les mêmes selon les élèves auxquels on est affecté. Nos missions peuvent donc aller de l'installation de l'élève en classe et du déplacement dans l'établissement à de l'adaptation de documents et de la reformulation de consignes. Certains AESH se forment à des compétences très spécifiques, je pense notamment au braille et au langage parlé complété.

 

   On ne fait bien sûr rien à la place de l'élève, on est là pour l'amener, dans le meilleur des cas, à se passer de nous. Et nous qui nous plaignons du peu d'heures que l'on a à faire, on est au final contents lorsque nos élèves sont plus autonomes et que les notifications d'heures peuvent être revues à la baisse. Bien entendu, lorsque c'est justifié, car j'ai également vu des élèves perdre des heures simplement parce qu'ils avaient de bons résultats grâce à l'accompagnement, et personne n'ayant jugé utile de souligner l'utilité de l'AESH dans ce résultat, on se retrouvait avec moins d'heures, un élève en panique et des résultats beaucoup plus aléatoires l'année suivante.

 

Et ça fait quoi exactement un AESH ?

 

   Non, on ne pousse pas des fauteuils toute la journée. Là, bien entendu, je ne parle que de ce que je sais, de mon expérience.

 

   Non, un AESH ne fait pas « rien » et ce même s'il a l'air particulièrement concentré sur un livre qui n'a rien à voir avec ce qui se passe autour de lui. Certains élèves trouvent notre présence pesante mais on ne peut faire autrement qu'être proche d'eux car ils ont tout de même besoin de nous, nous penser occupé à autre chose les aide parfois, mais on est à l'affût de tout signe. Ne vous fiez pas aux apparences.

 

   Oui, j'ai eu des élèves que je devais aider dans leurs déplacements, à la cantine avec leur plateau. Mais j'ai également eu des élèves pour qui j'ai dû adapter des documents car les photocopies d'origine étaient simplement inutilisables pour eux et la numérisation pas vraiment efficace, ni possible car pas de scanner en état de marche à disposition de toute façon. Il m'est arrivé de retaper entièrement des documents « pour hier ». Sur mon temps libre. Il faut aussi reformuler, expliquer, souvent plusieurs fois, le temps de trouver la meilleure façon de présenter les choses. Parfois j'ai dû lire les mêmes livres que mes élèves pour en parler avec eux et m'assurer de la bonne compréhension du texte. Parfois j'ai dû adapter des cours en cartes mentales car l'élève que j'accompagnais ne s'en sortait pas avec toutes ces lignes de mots. Souvent je dois aussi rassurer, écouter, faire le lien avec les autres. Tout cela participe à ce que l'on appelle « les heures invisibles ». Tout ce temps que l'on passe à la préparation de documents adaptés au mieux pour nos élèves, car souvent le « pis aller » on n'aime pas ça, on veut leur donner les meilleures chances possibles. Toutes ces recherches d'informations pour mieux comprendre ce que vivent nos élèves, comment les aider au mieux, ça demande du temps, que l'on prend sur notre temps libre. Alors non, on est pas nécessairement utiles uniquement auprès de nos élèves sur le temps scolaire. Il y a aussi ces heures où l'on doit reprendre les cours avec eux, certains auxquels on a assisté, d'autres non et reformuler, vérifier que tout est bien compris.

 

   Et tout le monde est content de notre professionalisme, de notre implication. Et tout le monde compte dessus. On est humains, on est empathiques. Et c'est bien ça le problème. On fait les choses pour aider au mieux nos élèves. Et tout le monde compte sur cette relation avec eux, car on ne va pas les laisser tomber, on va faire tout ce qu'il faut même si ça implique travailler pour la gloire...

 

   Vous en connaissez beaucoup des AESH en colère et grévistes ? La plupart du temps les manifestations ont lieu en dehors des heures de classe. En même temps, est-ce qu'on peut réellement se passer de notre salaire, ne serait-ce qu'une journée ?

   Non, une AESH qui ne dit rien n'est pas forcément contente de la situation actuelle, on l'a amenée à de multiples petits sacrifices, pour qu'au final elle se résigne à dire oui à tout ou qu'elle quitte son travail. On nous promène de promesse en promesse, d'espoirs déçus en simulacre de reconnaissance. Je ne parle même pas des familles et des élèves tout autant victimes de tout ça.

   J'avoue me poser la question, je ne sais pas combien de temps je vais encore le supporter. Et combien d'autres ont été essorés par le système en place ?

Posté par Une AESH à 11:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 octobre 2018

Pourquoi ce blog ?

   Bonjour,

 

   Ici la plante verte du fond de la classe. Vous savez, celle que l'on relègue souvent là-bas car elle gêne, enfin, elle ou plutôt son élève. Vous l'aurez compris, je suis accompagnante d'élève en situation de handicap.

 

   Aujourd'hui j'ai décidé de parler. De parler, pour moi et pour tous les autres qui ne disent rien. Parce que, oui, on a des choses à dire, oui, on a des idées. On ne sert pas qu'à décorer la classe, n'en déplaise à certains. Un certain nombre d'entre nous est même surqualifié pour le poste. Et le pire dans cette histoire ? C'est que cette « surqualification » nous est utile dans nos missions, et c'est bien pour cela qu'on essaie de nous garder puisque bien entendu, elle n'est pas prise en compte dans notre rémunération. Ce qui est le cas du côté des enseignants. Et c'est bien normal.

   Nous pouvons intervenir auprès d'élèves jusqu'en BTS. Vous m'expliquez comment dans ce cas on peut être efficace dans notre accompagnement si l'on a même pas le bac ? Etre AESH ce n'est pas du tout être animateur, c'est tout de même être capable de reformuler ce qui est dit en classe, entre autres. Cela demande un minimum de pédagogie et de connaissances. Que l'on peut avoir sans avoir le bac, il y a des autodidactes, mais le bac semble être un filet de sécurité. Et puis, pour en revenir au nerf de la guerre, il donne accès à un meilleur salaire aussi. En théorie. Je connais beaucoup d'AESH qui ont des parcours très différents mais qui ont souvent plus qu'un bac.

 

   Aujourd'hui, on parle beaucoup de nous mais on ne nous entend que très peu. Oui, on est sous-payés. Oui, on est très peu considérés, pour ne pas dire pas du tout par un grand nombre. Un exemple ? Je repense à ce professeur qui répondait poliment à mes « bonjour » quotidiennement, jusqu'à ce qu'il apprenne que j'étais AESH. Ce n'est pas si courant, mais ça illustre bien mon propos.

  L'essence même de notre travail c'est de faire les choses dans l'ombre, il est donc très facile de fermer les yeux, de nous cacher sous le tapis. On est éparpillés partout, parfois seul dans une école. Parfois le seul de l'école à défendre les droits de notre élève. Parfois on a une super équipe autour de nous qui nous soutient. Oui, ça arrive.

   Mais on commence tous de la même façon. On nous jette dans le grand bain, auprès d'un élève que l'on ne connait pas, dont on ne connait pas non plus le handicap ni même ses implications. On doit apprendre, vite. Et s'adapter. Très vite. Dans certains cas, une simple erreur par méconnaissance peut avoir de grandes conséquences dans la relation entre l'AESH et son élève. Un vrai couteau suisse cet AESH. Heureusement les élèves sont entourés de leurs parents et de professionnels qui savent à quel point on est démunis et sans information auprès de nos élèves, surtout au début.

   Alors oui, on va me dire qu'il y a cette fameuse formation de 60 heures. Je l'ai suivie. Je n'ai pas appris grand chose, 60h étalées sur un an alors que j'étais déjà en poste avec de nombreuses questions... J'ai fait comme beaucoup, je n'ai pas attendu les réponses. Merci internet. Ce temps là je l'ai pris sur mon temps personnel, non rémunéré. On appelle ça les heures invisibles toutes ces préparations que l'on fait « pour la gloire », non ?

 

   C'est donc souvent comme cela que ça commence. Et qu'on apprend à se faire discrète (ou discret, il y a des messieurs aussi dans la profession).

En fait, j'exagère un peu, dans mon cas le fond de la classe je ne l'ai que très peu fréquenté car mes élèves sont souvent placés devant. Et on n'est pas toujours mal traité(e)s dans les classes, heureusement ! Mais il fallait bien que j'essaie d'attirer un peu votre attention, non ?

 

   Tout le monde parle de nous mais on ne nous entend pas. Pourquoi ? On ne dit rien. On apprend très vite à se taire car quand on enchaine les CDD, s'il y a une chose que l'on apprend vite, c'est qu'il vaut peut-être mieux ne pas trop faire parler de soi. Dans mon cas c'est 6 ans de CDD, puis un CDI.

   Ah ce beau CDI que j'ai attendu si longtemps... J'ai commencé ma « carrière » il y a donc plus de six ans. Oui, utilisons de grands mots, je suis une plante verte cultivée après tout. Et oui, c'est étonnant que je sache écrire. Enfin, certains parfois semblent s'en étonner. Mon « métier » est plutôt mal jugé et les étiquettes dont on nous affuble sont vraiment « sympathiques » parfois.

 

   On a donc pérennisé mon travail. Un CDI de 20h, sur 39 semaines. J'espérais à cette époque qu'une évolution de carrière serait possible. Oui, vous avez le droit de rire, la naïveté fait souvent cet effet-là.

   Pourquoi je suis restée ? J'ai la malchance d'aimer mon travail. D'aimer me sentir utile auprès des élèves que j'accompagne. D'aucuns me diraient de changer de travail, ou de traverser la rue peut-être, si mon salaire ne me suffit pas. Et puis après tout j'ai beaucoup de vacances, de quoi je me plains ? Personnellement je n'ai toujours pas compris pourquoi on ne nous proposait pas en plus de nos heures de travailler dans les établissements pour faire un peu d'aide aux devoirs. Il me semble que c'est dans nos cordes. Mais peut-être qu'en tant que plante verte ce n'est pas à moi de décider. Vous noterez que je n'en suis même plus à espérer qu'on nous rémunère au niveau du travail fourni, de notre diplôme réel ou des compétences développées. Elles sont apprises « sur le tas » et absolument pas prises en compte, bien qu'utiles et encensées dans les établissements où l'on intervient. Etrangement, ça ne nourrit pas si bien que ça les compliments. Il serait temps que certains s'en rendent compte.

   Il y a toujours une part de moi qui espère quand dans l'actualité il est question des AESH et de nous accorder un réel statut, mais tout de même, la question est abordée depuis 2005... ça va faire 15 ans... Alors oui, ce genre de chose prend du temps mais dans l'histoire il y a des gens qui souffrent. Si en plus le débat ne peut même pas avoir lieu... Plus d'AESH en contrat non aidé, ce n'est pas nécessairement parfait. Un contrat à durée indéterminée c'est peut-être intéressant, mais s'il vous fait gagner à peine 700e par mois en quoi serait-il si merveilleux ? Il va peut-être falloir arrêter de se cacher derrière ces mots...

   Je ne vais pas aborder les différences de calculs de salaire entre académies, les retards de paiement en début d'année scolaire, les différentes politiques de CDIsation car certains en parlent beaucoup mieux que moi. Et puis ça fait longtemps que j'ai arrêté d'essayer de comprendre ces calculs d'apothicaires.

 

   Aujourd'hui j'ai simplement décidé de commencer à parler car je n'en peux plus de me taire.

Posté par Une AESH à 11:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :